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Prison de Niort

De WikiNiort
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La prison de Niort ou Maison d’arrêt

Cet établissement a été inauguré le 1er mars 1853, il est situé 1, rue du Sanitat au cœur de la ville.

Le bâtiment est classé monument historique depuis le 14 avril 1987.

Sa fermeture était normalement programmée pour fermer en 2015, ce qui n’est pas le cas.

La maison d’arrêt est rattachée à la direction interrégionale des services pénitentiaires de Bordeaux et est située dans le ressort judiciaire du tribunal de grande instance de Niort et de la Cour d’Appel de Poitiers.

Structure

L’établissement est contigu au tribunal de Grande Instance avec lequel il communique directement depuis le chemin de ronde par un couloir de circulation, « la souricière ». L’emprise de l’établissement est un quadrilatère d’une superficie de 2034 m2 entouré d’un mur d’enceinte, sans mirador.

Il comprend un bâtiment unique sur plusieurs niveaux :

  • Un « sous-sol » de plein pied avec la cour d’honneur, des parloirs et des locaux techniques.
  • Un RC avec, le poste de la porte d’entrée, le greffe, les parloirs des avocats, les bureaux de la direction et des services administratifs, le vestiaire « détenus » et une salle de fouille.
  • Les étages avec : les locaux de l’UCSA, le quartier de semi liberté, la salle de repos du surveillant en service, le logement de permanence du gradé d’astreinte, les espaces de vestiaires du personnel, le bureau des syndicats, un local d’archives.
  • L’hémicycle attenant constitue la zone de détention avec des cellules sur les 3 niveaux et des parties communes comprenant, bibliothèque, salle de classe, salle polyvalente, salle de visioconférence, 4 cours de promenade, la cuisine, 2 ateliers de production, la zone sportive, 1 salle de douches, 1 bureau d’audience, 1 local réservé au personnel, le quartier disciplinaire.
  • Au dernier étage, 1 salle de douches, le poste de surveillance des promenades et 2 bureaux d’entretien.

La population pénale

  • La maison d’arrêt est réservée aux hommes majeurs.
  • La capacité théorique est de 66 places dont 3 semi liberté.
  • La maison d’arrêt comprend 54 cellules individuelles et 6 cellules doubles. En cas de besoin, on peut augmenter la population jusqu’à 126 lits.

Les personnes incarcérées le sont pour des peines de prison inférieures à 6 mois jusqu’0 supérieures à 1 an, exceptionnellement supérieur à 10 ans. La population pénale comporte des prisonniers détenus hébergés, des personnes en semi liberté et des personnes placées sous surveillance électronique.

Histoire de la prison

Cette prison a été construite suite au décret signé par l'empereur lors de son passage à Niort le 7 août 1808. Ce décret va induire les transformations les plus importantes de la ville :

  • nouveau quartier du château.
  • Hôtel de la préfecture
  • Tribunal
  • Prison
  • Quartier de la chamoiserie

La prison avait été maintenue au Donjon en attendant les travaux.

Ces travaux vont se réaliser sous la responsabilité de l'architecte Pierre Théophile Segrétain.

La prison a été construite sur l'espace de l'ancien tribunal après qu'il ait été incendié, domaine qui a été acheté par le département.

En 1829, à la demande du ministre de l’intérieur, l’architecte Pierre-Théophile Segrétain réalise un rapport sur les prisons des Deux-Sèvres. Ce rapport affirmera la nécessité de construire à neuf une prison à Niort afin de remplacer celle existante dans le donjon et un autre bâtiment qui sont jugés insalubres et inadaptés aux besoins. Le lieu de construction choisi sera des terrains attenants au palais de justice mis à disposition afin d’accueillir des équipements adaptés au statut de préfecture de la ville. (Une préfecture, un palais de justice et une prison)

Sa construction

Acquisition des terrains :

  • Le 27 novembre 1843, une ordonnance royale déclare d’utilité publique la construction de nouvelles prisons à Niort.
  • Le 1er avril 1844, cette ordonnance autorise l’administration à obtenir, de gré ou par expropriation les divers immeubles qui sont établis sur l’emplacement de la nouvelle prison.
  • Le 10 juillet 1844, le représentant du préfet, M. Bernard, signe l’arrêté qui permet à l’administration d’acquérir 5 maisons et dépendances concernées, pour la somme de 35 400 F.

Les maisons à démolir sont situées entre la rue de l’Abreuvoir et la rue de Pelet.

Le projet est enfin validé en 1844 et remis à un entrepreneur pour la somme de 141 704,59 F.

La prison sera mise en service 9 ans plus tard, en 1853 (1), avec plusieurs modifications des plans validés à l’origine tels que la disposition des cellules, la construction des murs, l’emplacement de l’infirmerie, ... Un dépassement du devis sera constaté avec un coût total des travaux de 193 154,60 F justifié par la nouveauté de ce type de bâtiment selon Segrétain.

La prison de Niort est construite selon un plan panoptique.

L'architecture panoptique, qui a été imaginée par le philosophe Jeremy Bentham à la fin du XVIIIe, permet au gardien, logé dans une tour centrale, d'observer tous les prisonniers enfermés dans des cellules autour de la tour, sans que ceux-ci puissent savoir s'ils sont observés..

Pour la morale des détenus, ce point central de surveillance est surmonté d’une chapelle (2) afin que les détenus puissent la voir et entendre l’office. De plus, les fenêtres seront inclinées de biais afin que le regard des détenus se tourne vers le ciel. Le confort physique sera au cœur du projet avec chauffage et distribution d’eau dans les cellules ce qui est moderne pour l’époque.

(1) Note de la presse du 4 mars 1853 : « La nouvelle prison cellulaire, construite près de notre Palais de Justice, vient de recevoir les prisonniers renfermés dans le Donjon et dans les bâtiments de la prison de la rue Basse. Le nouveau directeur, M. Mention est installé dans ces fonctions... »

(2) Note de la presse du 5 mars 1853 : « Le samedi 5 mars 1853, a eu la bénédiction de la chapelle de la prison cellulaire de Niort. Cette cérémonie fut présidée par l’évêque de Poitiers. Par une ingénieuse disposition, chacun des prisonniers peut apercevoir le prêtre à l’autel... »

En novembre 1844, M. le Préfet avait nommé un aumônier protestant aux prisons de Niort : M. De Bray, fonction prescrite par le gouvernement...

La population incarcérée ou la vie à la prison

A l’origine, la prison de Niort comprend une maison d'arrêt, une maison de correction et une maison de justice.

Au XIXe les personnes ayant commis des délits en Deux-Sèvres peuvent être jugées par les tribunaux de Niort, Melle, Parthenay, Bressuire, par la Cour d'Assises de Niort

Le plus ancien des registres concerne le registre de présence des détenus à la charge du département de 1854 – 1855 puis, le registre des punitions de 1855 – 1916.

Les autres registres concernant la population incarcérée reprennent à partir de 1859 – 1864 sachant que la population concerne des femmes et des hommes et à partir de 1897, des militaires.

Le premier cahier de visite des médecins, chirurgiens date du 1/07/1857 au 30/12/1858.

Chaque registre mentionne : le nom de la personne incarcérée, son âge, la raison de son incarcération et la durée de cette dernière. La durée d'incarcération va de deux jours à 6 ans de travaux forcés.

Même des enfants peuvent être incarcérés, en 1872 :

  • le plus jeune a 8 ans, il est incarcéré avec sa mère pour défaut de papier.
  • Un de 11 ans est incarcéré seul : (défaut de papier, vagabondage, mendicité)...
  • Un de 13 ans (coups) et un autre de 14 ans (mendicité) sont aussi incarcérés....

Les raisons de l'incarcération : vol qualifié, mendicité, vagabondage, coups et blessures, attentat aux mœurs, escroquerie, attentat à la pudeur, filouterie, banqueroute frauduleuse, complicité de vol, outrage à la pudeur, rupture de ban, faux, rébellion, menaces de mort, incitation à la débauche, abus de confiance, bataille, tentative de viol, outrage à la morale, dette envers l'état puis en 1873, apparaissent les infanticides.

Un cahier de présence des détenus est tenu au jour le jour.

Nous constatons que les registres étudiés sont extrêmement bien tenus jusqu'en 1875. L'état des prisonniers est fait au mois puis à partir de 1878, au trimestre. Il est mentionné l'intitulé de la prison : Maison d'arrêt, de justice et de correction. Exemple de personnes incarcérées : en octobre 1873 : totaux journées d'hommes : 1011 et journées de femmes 143 et militaires marins : 2.

Les événements importants apparaissent sur les registres notés en bleu alors qu’ils sont tenus en noir. C’est ainsi que nous notons : les inspections du directeur, la visite du juge chargé de l’instruction, la visite de l’inspectrice générale, la Comtesse Oppozzi les arrivées importantes de matériel ou les travaux réalisés.

Au XIXe comme aujourd'hui, la vie dans l'univers carcéral est difficile. Évasions, suicides et rixes entre détenus sont courants. Pour réprimander la délinquance, les directeurs de prison possèdent une grande latitude : peine d'isolement et cachot sont promis aux prisonniers les plus réfractaires. En prenant connaissance du registre des punitions datant de 1855 à 1916 nous prenons connaissance des punitions infligées. Comme il est dit précédemment c’est le directeur qui inflige ces punitions puis nous constatons qu’à partir de 1877 c’est le gardien chef qui assure cette mission, sachant que les punitions sont ensuite approuvées par le directeur :

  • Puni de cellule de punition, de cellule solitaire au pain et à l’eau, puni de commissions (c’est-à-dire d’apport de nourriture de l’extérieur, en général par les épouses), de cachot, privation de cantine, pain sec, privé de soupe. Ces punitions vont de 1 jour à 1 mois.
  • Les raisons de la punition sont mentionnées : soudoyer un gardien, soudoyer des ouvriers pour apporter du vin, propos injurieux au gardien, actes immoraux, coup et blessure à détenu ou à gardien, chercher querelle, acheter des vêtements à un camarade ou du pain, rébellion, vol, fait circuler du tabac, trouble à l’ordre public, dégradation du matériel de la prison (avoir lacéré literie, avoir déchiré l’inventaire de la cellule, avoir dégradé la porte de la cellule…), dénonciations calomnieuses, mauvaise conduite, détenteur de lettres clandestines ou avoir transmis des lettres aux militaires du poste, tentative de pédérastie sur un codétenu, refus de travail ou travail délibérément mal fait, propose et gestes obscènes, mauvais entretien personnel (refus de sa raser, refus de shampoing)… Même les enfants sont punis.

Nous observons trois dénominations utilisées : cellule solitaire, cellule de punition et cachot. Cela doit recouvrir trois réalités différentes. Nous comprenons les choses ainsi : cellule solitaire pourrait correspondre au confinement en cellule, la cellule de punition correspondrait à la cellule disciplinaire et le cachot serait un niveau encore plus important puisque c’est une cellule basse et obscure.

Les commentaires portés sont intéressants du point de vue de la manière de s’exprimer de l’époque : vicieux, mauvais sujet, meneur, mauvaise tête, prétentions élevées, "réclameur", menteur, demi-idiot, facile à entraîner, instincts vicieux, caractère volage, espiègle, jeune détenu perverti, un peu toqué, tient de la brute, fourbe, femme méchante, facile à entraîner, paresseux, incorrigible...

Nous constatons qu’au fur et à mesure du temps les punitions sont de plus en plus rares. Exemple : 1900 : 3  punitions, 1901 : 4 punitions, 1902 : 2 punitions…

Les détenus sont examinés régulièrement par des médecins. Lorsque les détenus sont gravement atteints, ils sont hospitalisés. Jusque dans les années 1960 ; le service que l’on appelait « Les vieillards Hommes » comprenait plusieurs chambres cellules de médecine pour soigner les prisonniers (souvenir de Micheline, étudiante infirmière de 1962 à 1964). Lorsqu’il s’agit de problèmes chirurgicaux, ils sont hospitalisés au service ST Jacques de ce même établissement.

Dans les soins prodigués à la prison (cahier de visite des médecins commencé le 1er juillet 1857) nous constatons les raisons pour lesquelles ils interviennent sont les suivantes :

  • syphilis,
  • Problèmes gastro-intestinaux : diarrhée, gastralgie, hémorroïdes, constipation, entérite, coliques…
  • Céphalalgies.
  • Problèmes de peau : psoriasis, poux, prurigo (très fréquent), lepra vulgaris, anthrax, lichen simple, impétigo, brûlures, herpès…,
  • Problèmes de la sphère respiratoire : angine, rhum, asthme, fluxion, apoplexie, pleurésie, hydrothorax, grippe
  • Problèmes rhumatismaux : sciatique, rhumatismes,
  • Anémie
  • Autres problèmes : urinaires, plaies, otites, abcès à oreille. Ces atteintes sont plus rares.

Lorsque l’on repère les affections les plus courantes, on peut penser que celles-ci sont plus d’origine psychosomatique.

La manière de soigner est essentiellement à base de tisanes de toutes sortes : tisane salsipaille, tisane de pensée sauvage, d’orge, de réglisse, de chiendent, de bourgeons de sapins, de houblon, de centaurée, de grains de lin, mais aussi, de guimauve, de laudanum (diarrhées), de lavements, de cataplasmes ou sinapismes et de vésicatoires. La syphilis est soignée à l’aide de la lotion blanche.

Sources

  • Archives départementales des Deux-Sèvres : les archives départementales conservent les différents registres inhérents aux premières années de la prison, rue du Sanitat.
  • Registres de présence des détenus
  • Registre des rapports journaliers du gardien chef au directeur du 26 01 1876 à juin 1883
  • Registre de présence des détenus à la charge du département 1854 – 1855
  • Registre des punitions 1855 - 1916
  • Le dernier registre hommes-femmes date de 1877 - 1893
  • Précédent article sur la Prison de Wiki Niort
  • Mémorial de l'Ouest 1844, 1853.
  • Le Courrier de la Vienne et des Deux-Sèvres 1853.
  • Pipon Brigitte, coordonnateur de l'ouvrage, 2008, La justice en Deux-Sèvres, du moyen âge à 1958, Gestes éditions, La Crêche, Archives départementales des Deux-Sèvres.
  • Forum-prison.formactif.com/…penitentiaire-maison-d-arrêt-niort
  • Rapport de visite de la maison d’arrêt 2011 : www.cartes-2-France.com/.../maison-